Vaut-il la peine de souscrire une assurance maladies graves?

Anna Sharratt, The Globe and Mail

Publié le jeudi 14 janvier 2016 16 h 21 HE

Quand Bonita Boutilier a souscrit une assurance maladies graves en 2003, son geste s’est avéré prémonitoire.

Sur l’avis de son conseiller, la massothérapeute de Vancouver, alors âgée de 36 ans, a souscrit une police Temporaire 10 ans de 100 000 $ assortie de primes mensuelles de 53,50 $. Elle se souvient des paroles de son conseiller : « En tant que travailleuse indépendante, vous devriez avoir ce type de protection. »

Avant l’échéance de sa police Temporaire 10 ans, elle a présenté une demande de règlement. « En 2010, j’ai reçu un diagnostic de sclérose en plaques », raconte Mme Boutilier. En plus de compenser la perte de son revenu d’emploi et de couvrir ses versements de prêt hypothécaire et de prêt automobile, la somme forfaitaire lui a permis de se rendre au Mexique et en Californie pour y subir un nouveau traitement expérimental contre la sclérose en plaques qui coûtait 13 000 $.

« Je n’avais pas à penser au travail chaque jour, explique Mme Boutilier, maintenant âgée de 49 ans. Sans cette protection, il m’aurait fallu utiliser mes économies, contracter un emprunt ou demander l’aide de ma famille. »

Enchantée par l’assurance maladies graves, Mme Boutilier est devenue conseillère en assurance et fait maintenant la promotion de ce produit auprès des clients qui, en la voyant se déplacer à l’aide d’une cane, ont une référence visuelle des types de problèmes de santé couverts par l’assurance maladies graves. La plupart des clients souscrivent une police de 100 000 $.

« Si vous êtes propriétaire d’entreprise ou avez de jeunes enfants, où trouverez-vous l’argent? Il est essentiel d’avoir une telle protection, insiste-t-elle. L’assurance maladies graves représente 90 pour cent de mes ventes. »

L’assurance maladies graves offre une protection en cas d’infarctus, d’accident vasculaire cérébral et de cancer. Les clients peuvent souscrire une police Temporaire 10 ans ou 20 ans, ou une protection jusqu’à l’âge de 75 ans ou de 100 ans, et se prévaloir de l’option de taux de prime garanti. Les polices couvrent entre 3 et 24 maladies différentes.

Ces polices peuvent être assorties de divers avenants, comme l’avenant Remboursement de la prime; l’avenant Second événement, qui offre une protection limitée en cas de diagnostic d’une deuxième maladie grave; l’avenant Perte d’autonomie; et l’avenant Exonération des primes, qui vous libère de l’obligation de verser les primes en cas d’invalidité totale depuis 90 jours.

Par exemple, la prime mensuelle d’une police Temporaire 10 ans de 100 000 $ pour un homme de 40 ans, taux non-fumeur, est d’environ 70 $, soit approximativement 840 $ par année. La prime mensuelle augmente à environ 100 $ pour un homme de 50 ans, taux non-fumeur, soit autour de 1 200 $ par année.

L’assurance maladies graves sert de filet de sécurité à ceux et celles qui n’ont ni avantages sociaux, ni assurance‑vie, ni assurance invalidité, mais les critiques disent que la protection offerte n’atteint pas la cible. Tout d’abord, elle peut être assez restrictive – seulement certaines maladies sont couvertes – et les définitions des maladies restreignent encore la portée de ce qui est couvert. Ces facteurs peuvent signifier que les demandes de règlement poseront problème une fois que la maladie aura frappé.

Dave Courtney l’a appris à ses dépens lorsqu’il a subi un infarctus il y a deux ans. Bien que soulagé d’avoir souscrit une assurance maladies graves de 150 000 $ avec un avenant Remboursement de la prime 20 ans plus tôt, M. Courtney, aujourd’hui âgé de 61 ans, a découvert que toucher sa prestation n’était pas aussi simple qu’il ne le croyait.

« Cela m’a pris environ trois mois pour prouver que j’avais subi un infarctus », affirme ce propriétaire d’entreprise spécialisée dans la vente d’appareils fonctionnels médicaux située à Mississauga. « Lorsque vous payez des primes pendant 15 ou 20 ans, vous ne devriez pas avoir à faire face à pareille situation. »

L’expérience qu’il a vécue s’explique par les dispositions de la police. Dans le cas d’un infarctus, un ensemble de manifestations doit avoir lieu, y compris « la nécrose du muscle cardiaque résultant d’une obstruction du flux sanguin qui entraîne l’élévation et la diminution des marqueurs biochimiques cardiaques à des niveaux considérés comme diagnostiques d’un infarctus du myocarde, accompagnée de certaines manifestations cardiaques très spécifiques. » Lorsque l’incident cardiaque d’un patient ne respecte pas ces paramètres, aucune prestation n’est versée.

La propriétaire d’une petite entreprise fait voir à ses deux employés masculins un carnet rempli d’idées clés pour leur entreprise de vêtements.

Finalement, les nombreux rapports médicaux provenant de différents médecins que M. Courtney a fournis ont été convaincants. C’est donc un homme heureux : « Une somme de 150 000 $, ce n’est pas à dédaigner », dit-il en précisant qu’en plus de compenser la perte de revenus pendant son invalidité, une partie de cette somme servira à payer les primes d’assurance voyage au moment de la retraite, maintenant qu’aucun assureur ne lui offrira de primes abordables.

« Même si cela coûte 10 000 $, j’irai. L’argent est là. J’ai l’esprit tranquille, sachant que je dispose de la somme nécessaire »

Glenn Cooke croit que des histoires comme celles de M. Courtney sont un argument décisif pour souscrire une assurance maladies graves. « Les gens souscrivent pour des raisons émotionnelles – et non pour des motifs financiers. Je conseille aux consommateurs d’être très bien protégés par une assurance‑vie et une assurance invalidité avant de souscrire une assurance maladies graves, » indique le président de LifeInsuranceCanada.com située à New Hamburg en Ontario.

Il dit à ses clients que le meilleur moyen de se protéger contre une maladie grave est d’épargner l’équivalent de trois à six mois de revenu ou de souscrire une assurance maladies graves de 50 000 $ pour compenser la perte de revenu pendant la période d’absence au travail.

Selon M. Cooke, bien que cela soit possible, l’idée que l’assurance maladies graves remboursera les médicaments dispendieux ou les soins reçus à l’extérieur du pays est survendue. « Pour la majorité des Canadiens, les soins de santé sont essentiellement gratuits et les frais médicaux éventuels ne seraient pas catastrophiques. »

Cependant, les personnes qui croient avoir besoin d’une protection additionnelle doivent se montrer prudentes, toujours d’après M. Cooke. Selon lui, les primes ne doivent pas constituer l’unique facteur déterminant. Les différentes compagnies d’assurance offrent des protections contre un nombre varié de maladies graves – et offrent également des programmes de base et des programmes de luxe, qui peuvent varier considérablement pour ce qui est de la protection et des coûts.

Il suggère d’examiner les exclusions, car de nombreux assureurs ont récemment modifié ce qui était couvert et ce qui ne l’était pas, comme les cancers au stade précoce et les maladies neurologiques comme la démence. De plus, il mentionne que les avenants, comme l’avenant Remboursement de la prime, doivent être examinés, car ceux-ci font souvent mention qu’une personne doit verser les primes pendant 15 ou 20 ans avant d’obtenir un remboursement.

Mark Seed, le blogueur de 42 ans d’Ottawa derrière MyOwnAdvisor.ca, croit que la complexité du produit peut représenter un défi et que les acheteurs peuvent ne pas savoir dans quoi ils s’engagent. « C’est peut-être un excellent produit, mais je ne crois pas que le consommateur moyen saisisse les nuances. Les polices d’assurance maladies graves ne sont pas toutes équivalentes. »